« Tourner le quoi? »
Ce fut la première réaction enthousiaste que j’entendis après avoir proposé mon projet.
Revenons un peu en arrière: aux alentours de Noël 2003, alors que nous étions jeunes et innocents, je venais de découvrir le donjon de Naheulbeuk et je m'étais fait engager sur le site de l'art du donjon de Pen of Chaos. J'avais également vu les deux adaptations cinématographiques déjà réalisées et je m'étais dit: pourquoi pas nous? C'est vrai, quoi, j'ai sous la main une bonne bande de dingues, on peut en faire un film! Je commence donc la première recherche: les acteurs. Je commence par en parler à quelques amis qui connaissent déjà le donjon : Delmeinec, qui pourrait faire un très bon Ranger; Sulfator, à qui le rôle du nain allait comme un gant (pour cause de compatibilité de caractère); Tich, dont la manière de parler est la copie conforme de celle du voleur... Une conclusion s'impose vite: c'est pas assez. Moi, je pouvais remplir le rôle du barbare ou du voleur mais je me voyais mal faire l'ogre et encore moins l'elfe. Il nous manquait donc ogre, magicienne, elfe. Pour les filles, j'ai recruté deux amies qui ne m'avaient rien demandé, mais qui correspondaient physiquement au rôle. Et puis peu de temps après, j'ai fait la connaissance de Guigui. Quel homme! J'ai très vite compris que je tenais là un ogre exceptionnel, et la suite ne m'a pas trompé.
Etape suivante: les lieux. Là, pas trop de problèmes, nous avons la chance à Grenoble de disposer de La Bastille, une forteresse en ruines, où l'on trouverait bien un endroit où tourner. Mais quand s'est posé le problème des costumes, j'ai compris que ça n'allait pas être si simple. Vu le prix des costumes dans le commerce, j'ai vite vu que l'on allait devoir en faire un maximum à la main. Et vu l'état de motivation de mes troupes vis-à-vis de la couture, j'ai vite compris l'évidence: là-dessus, j'étais seul!
Heureusement, alors que je commençais à coudre et à bricoler mes machins et mes trucs, j'ai reçu le soutien de ma nouvelle elfe: Nymphétamine, qui m'a aidée pour le début du story-board et la coordination des divers éléments. Mais pas pour les costumes hélas, et l'avancement était toujours aussi long. Si long que le projet commença à s'enliser peu à peu, les gens s'en désintéressaient et moi-même j'y pensais de moins en moins. Jusqu'à un jour de septembre 2004, où je finis par abandonner totalement.
Mais, deux mois après, soit près d'un an après la décision du projet, en jetant un coup d'oeil à mon amas de costumes pas terminés, je me dis: « C'est trop con! » Et je repris le projet, mais cette fois avec une motivation forcée pour un maximum d'efficacité. Etant en période de froid avec mes actrices, j'engageais deux nouvelles actrices, à savoir Feeluna pour la magicienne et une certaine Laurette pour l'elfe. Et durant les vacances de Noël 2004-2005, je me mis à costumer (aidé par ma soeur Zaza) et à story-boarder comme un dingue, pour avancer à grands pas. Si bien que quelques semaines après, Nous étions prêts à fixer une date de tournage. Léger problème: Nous étions en plein mois de Février, et il est bien précisé dans le script que l'ogre est en pagne, et j'imaginais le barbare torse nu.
Et bien tant pis! Nous nous les gèlerions, ça allait pas nous tuer. Hors de question de reculer encore la date du tournage! L'elfe ayant déserté, j'en recrutais sur-le-champ une nouvelle (je commençais à me dire que ce rôle était maudit, on en était à la 4eme...) et je me lançais dans les derniers préparatifs. Pour la caméra que nous commencions à chercher avec ardeur (ben ouais, un film sans camera, c'est moyen...), mon beau-père accepta de me prêter la sienne. La veille du tournage: on était prêts! (ou presque). C'est là que mon elfe m'appelle, grippe, elle ne pourra pas être là demain (AAARRRGGG!!!). Je nomme donc ma soeur elfe d'urgence, on prépare tout et on va se pieuter.
Le lendemain matin, un Dimanche, branle-bas de combat! Zaza, son amie Tara, venue assister au tournage, et moi nous rendons au point de rendez-vous. Là, nous sommes assez rapidement rejoint par Feeluna, Tich et Sulfator. Par contre, pas de traces de Delmeinec ou de Guigui. Après une demi-heure d'attente, ils daignent se montrer et l'on peut enfin partir!
Hop, hop, on monta la bastille à pied! Arrivé en haut et découvrant qu'il reste des traces de neige sur les lieux du tournage, Guigui prévient tout de suite qu'il refuse de se déshabiller. Il faudra user de persuasion, d'intimidation, de diplomatie, de corruption, de politesse et de violence pour qu'il accepte d'enlever son T-shirt le temps de deux prises (je suis bien resté torse et pieds nus pendant la moitié du temps, moi!). Nous commençons, moteur, action! Sulfator chante sur la première prise. Ce sera le début d'une longue séquence d'emmerdement qu'il nous offrira et qui compliquera notoirement ma tâche. Nous sommes assez vite rejoint par Patou, venu assister au tournage et qui nous servira de perchiste, de temps à autre. Problème: avec tout le retard accumulé, Feeluna doit nous quitter avant d'avoir fini son rôle. Je reconvertis donc Tara en vitesse en magicienne (heureusement qu'elle connaissait le rôle) et l'on peut finir.
Finalement, en fin de journée, j'en arrive à cette conclusion: ce qu'on avait fait aujourd'hui était un très beau test, mais il faudrait tout de même tourner une vraie version, plus élaborée (idée renforcée lorsque je me suis aperçu que le micro apparaissait sur une bonne partie des plans tournés).
Vient le montage, fait sur Mac avec Imovie (la base de la base), dans laquelle j'ai rajouté en animation quelques plans non filmés (non, je ne les ai pas fait, comme j'ai beaucoup entendu dire, sur paint! J'ai utilisé CorelDraw 8, qui est, bien qu'un peu ancien, bien plus performant) bien moches et zoubidi-zoubida, la version 0 était dans la boîte, puis sur le site. Malgré les (nombreux) défauts de cette version, elle a tout de même eu un léger succès (sisi, trois personnes ont rigolé, à un moment) et quelques encouragements qui m'ont donné la motivation nécessaire pour faire la deuxième version. Mais là, plus question de le faire à la bastille, je ne voulais plus tourner dehors (trop de bazar, le froid, la boue, les gens qui regardent Guigui comme s'ils n'avaient jamais vu d'ogre de leur vie...), j'ai donc décidé de tout faire en studio!
Donc là, deux difficultés: premièrement, trouver un studio, deuxièmement, faire le décor. Pour le studio, après une longue recherche et des difficultés que je vous épargne, j'ai recyclé un vieil appartement familial. Pour le décor, par contre... Après m'être aperçu de la difficulté de sa fabrication, j'ai décidé d'être un homme de mon temps et d'utiliser... Le Blue Screen!!! (pour ceux qui ne savent pas, le blue screen est une technique de cinéma qui consiste à filmer une scène sur un fond bleu, que l'on effacera ensuite numériquement pour le remplacer par un autre décor.) Cette initiative me value de nombreux « T'es fou? » de la part de mes collaborateurs, et bien que ça posa de nombreux problèmes par la suite, j'y suis resté fidèle jusqu'à la fin.
Autre étape: réécrire le story-board. En effet, bien que j'étais décidé à ne pas changer un mot du texte, je voulais ajouter de nombreux gags, tous visuels. J'ai donc passé un temps fou à réécrire mon story-board, mais à la fin, j'étais particulièrement fier de mon résultat (cruelle illusion, comme vous allez pouvoir le constater). J'ai également décidé d'engager plus de monde: Arthur Rainbow, tout d'abord, pour manier l'image et tenir la camera (et surveiller le micro) pour que je puisse me concentrer sur le jeu des acteurs, mais également Mémé et Kamy pour le maquillage et les fausses blessures (ce qui manquait dans le premier épisode). Quelques costumes ont également été revus, avec l'aide de Zaza et de Feeluna et j'ai engagé Laure et Nymphetamine comme "aide à tout faire".
Les problèmes s'enchaînaient, les prises s'éternisaient, à un moment, j'ai craqué et on a tenté le tout pour le tout: laisser les acteurs improviser la moitié de leurs dialogues et faire des scènes de pure connerie, en misant tout sur leurs talents d'improvisation.
Bon, le tournage est fini, je suis épuisé et tout le monde a dit n'importe quoi tout le long. Mais nous visionnons les scènes tournées et là, c'est le drame... Le son a sauté sur la moitié des prises... Après une longue hésitation entre me tirer une balle et faire des doublages plus tard, je choisis la deuxième solution.
Nous sommes donc en juin, il me faut faire toute l'incrustation, les doublages et le montage, commander quelques animations pour remplacer quelques séquences catastrophiques et attendre qu'on me fasse la musique. La première chose que je fais est tout de même de bâcler une bande-annonce hyper speed afin de rassurer mes collègues: le film pourra être bien! Ouais!
Maintenant, en attendant Première Pro, le logiciel de montage qui allait me permettre de tout faire, je passe mes commandes: Gwen, tu peux m'animer un éclair qui tombe? Une porte qui s'ouvre? Matthieu, un ranger qui se prend une chaussure? Yoan, un donjon? Léo, une chouette musique délirante? Hugo, un chouette rock où tu fais chanter Guigui? (je vous donne la version abrégée, en vérité, c'est plus compliqué que ça). Puis on se met aux doublages! Alors là, pour la première fois ça n'a pas été trop foireux. J'ai à peu près réussi à convoquer tout le monde et à les faire parler devant le micro. Et maintenant, j'étais seul, face à la machine... Que dire? Et bien, j'ai fait de mon mieux pendant un mois. Après, et bien, euh... C'était les vacances :) Donc forcement... Je me suis arrêté pendant trois mois, c'est normal.
Mais après cette brève interruption, j'ai repris de plus belle. Je montais comme un dingue et en même temps, je devais gérer l'équipe de post-production (Matthieu, quand est-ce qu'il arrive ton dessin??? Il faut que je le passe à Elo pur qu'elle le colorie! Hugo, ton rock, il en est où? Quoi? Guillaume t'as encore posé un lapin??? etc...)
Jusqu'au grand jour. Un jour où je me dis: truc de dingue, j'ai presque fini en fait! Il est temps de décider une date pour la soirée d'avant-première! Alors je décide et maintenant: Finir le film avant cette date! Gros problème: Sulfator n'a pas du tout fini le morceau qu'il devait me faire avec Guigui...
A force de brassage et de problèmes techniques, il parvient à me passer une version prototype que je combine avec le morceau original, des Kinks, pour obtenir ce que vous entendez à la fin... Mais il me promet une seconde version, que j'attends avec impatience (même si à l'heure où je corrige ces lignes, je sais qu'elle ne viendra jamais...).

Après une avant-première hilarante, le film est en ligne!!!